La nouvelle norme Land Sector and Removals du GHG Protocol : êtes-vous prêt ?

La norme LSRS du GHG Protocol entre en vigueur en 2027. Quels impacts pour votre chaîne d’approvisionnement agricole et comment vous préparer efficacement ?

Land Emissions and Removal Standard

Le Greenhouse Gas Protocol a publié le Land Sector and Removals Standard (LSRS), qui entrera en vigueur en janvier 2027. Pour toutes les entreprises disposant de chaînes d’approvisionnement agricoles, cette norme modifie la manière dont les émissions liées aux terres, le carbone biogénique et les absorptions de carbone doivent être mesurés. Les entreprises souhaitant rester en conformité avec la norme du GHG Protocol devront déclarer leurs émissions et absorptions liées aux terres conformément aux exigences de la norme LSRS. Notre équipe climat vous explique ce que vous devez savoir et comment vous préparer.

La norme LSRS comble des lacunes de longue date dans la comptabilité carbone des entreprises :

  • le carbone biogénique n’est plus considéré comme neutre,

  • les changement d'usage des terres doivent être tracé de manière systématique,

  • les absorptions de carbone sont soumises à de nouvelles définitions strictes.

lsrs_pillars

À qui s'applique cette norme ?

Toute entreprise qui reporte son empreinte carbone selon le GHG Protocol et qui exerce des activités significatives dans le secteur agricole devra se conformer à la norme. Cela inclut :

  • Les producteurs, distributeurs et vendeurs de produits alimentaires et de boissons

  • Les transformateurs agricoles

  • Les entreprises dont la chaîne de valeur intègre des activités agricoles (par exemple, les textiles en coton, le bambou, etc.)

  • Les entreprises qui avancent des allégations relatives à la suppression du carbone

  • Sont exclus: le secteur forestier et du bois

Cela diffère de la définition de la SBTi, qui exige des entreprises de calculer leurs émissions FLAG (Forestry, Land and Agriculture) et de fixer un objectif FLAG lorsqu’elles opèrent dans un secteur FLAG ou lorsque ces émissions dépassent 20 % des émissions totales Scope 1+2+3.

Aperçu des catégories de reporting LSRS

La norme LSRS définit 9 catégories de reporting obligatoires et 5 optionnelles. Les catégories optionnelles dépendent du contexte de votre entreprise et des éléments que votre organisation souhaite déclarer (par exemple, les absorptions de carbone). Il est important de noter que le LSRS recommande de comptabiliser les émissions liées aux combustibles et à l’industrie sur les terres agricoles comme des émissions fossiles ou industrielles, et non comme des émissions liées aux terres.

LSRS 1

LSRS 2

Nous résumons ci-dessous les principales catégories du LSRS :

Catégorie LSRS

Définition

Gestion des terres (Land management)

Activités telles que la récolte, la replantation et le travail du sol sur des terres de la même catégorie d’usage.

Changement d’affectation des terres (Land use change)

Transition d’une catégorie d’usage des terres à une autre, comme la conversion de forêts en prairies ou terres agricoles.

Utilisation des sols (Land occupation)

Indicateur mesurant la surface totale de terre (en hectares) nécessaire chaque année à la production ou à l’extraction des produits d’une entreprise.

Fuite de carbone liée à l’utilisation des sols (Land carbon leakage)

Augmentation des émissions ou diminution des absorptions de carbone en dehors du périmètre de l’entreprise, résultant indirectement de ses activités.

Émissions de CO₂ liées aux produits biogéniques

Émissions de CO₂ résultant de la combustion, de la biodégradation ou d’autres pertes de carbone physiquement contenu dans les réservoirs de carbone des produits biogéniques.

Absorptions de carbone (optionnel)

Processus consistant à transférer le CO₂ de l’atmosphère vers un puits de carbone non atmosphérique, tel qu’un puits de carbone lié à un produit terrestre ou un puits de carbone géologique.

Inversions des absorptions de CO₂ liées à la gestion des terres

Une inversion correspond à une émission provenant d’un puits de carbone qui libère du carbone associé à une absorption précédemment déclarée par l’entreprise (par exemple : du carbone précédemment séquestré qui est perdu en raison d’événements tels que des incendies, des tempêtes ou des récoltes).

Les 5 conseils principaux pour se préparer au LSRS

1. Analysez votre inventaire GES existant

Réalisez une analyse des écarts en vous basant sur la norme LSRS :

  • Votre empreinte carbone inclut-elle les émissions liées à la gestion des terres et au changement d'affectation des terres ?

  • Les émissions d'origine biogénique et fossile sont-elles déclarées séparément ?

  • Utilisez-vous les PRG de l'AR6 en faisant la distinction correcte entre le méthane d'origine fossile et le méthane d'origine biogénique ?

  • Quelles données d’activité manquent pour calculer vos émissions liées aux terres ?

2. Choisissez les bonnes bases de données de facteurs d'émission

Pour les chaînes de valeur européennes, Agribalyse constitue une base fiable pour les changements d'affectation des terres (LUC). Pour les matières tropicales (café, cacao, soja, huile de palme), privilégiez des sources de données plus granulaires comme WRI ou Orbae. Les écarts peuvent être significatifs.

3. Cartographiez votre chaîne de traçabilité

Le LSRS exige une traçabilité physique jusqu’à la région d’origine, ce qui nécessite un processus de devoir de vigilance efficace. Les certificats de type « book-and-claim », tels que les garanties d’origine pour les énergies renouvelables, ne sont pas autorisés. Lorsque la traçabilité complète n’est pas possible, des facteurs moyens mondiaux s’appliquent, généralement moins favorables. Concentrez d’abord vos efforts de traçabilité sur vos matières premières les plus émettrices.

4. Distinguez les absorptions des réductions d’émissions

La norme établit une distinction claire : capturer le carbone pour réduire les émissions nettes n’est pas la même chose que d’éliminer le CO₂ de l’atmosphère. Les absorptions de carbone sont facultatives dans le cadre du LSRS, mais obligatoires pour le SBTi FLAG lorsqu’il existe des données empiriques ; elles nécessitent un suivi continu et une vérification par un tiers. Si vous ne disposez pas encore de données sur les absorptions, indiquez zéro : c’est la valeur par défaut correcte.

5. Auditez votre méthodologie actuelle

Renforcez la précision et la crédibilité de vos calculs d’émissions liées à l’utilisation des terres en faisant examiner votre méthodologie par un organisme indépendant. Un audit réalisé par un tiers permet de valider vos sources de données, vos hypothèses et votre approche de calcul, garantissant ainsi leur conformité aux normes reconnues.

Prochaines étapes

Le cadre réglementaire est encore en pleine évolution et de nombreuses bases de données sur les facteurs d’émission sont en cours de mise à jour. Cependant, les entreprises doivent suivre les recommandations du LSRS pour se conformer au GHG Protocol et, par conséquent, à la CSRD. Les auditeurs accordent également une attention croissante à ce sujet.

Notre conseil: n’attendez pas que tout soit parfaitement clair avant d’agir. Utilisez des bases de données et des outils aussi conformes que possible aux principes du LSRS, et progressez pas à pas vers la conformité. Veillez à couvrir en priorité vos catégories les plus significatives, en commençant par le changement d’affectation des terres et la gestion des terres. Dans un deuxième temps, calculez votre utilisation des sols et vos fuites de carbone liées à l’utilisation des terres.